Freiner la progression de la myopie : l'espoir de la thérapie par la lumière rouge
La myopie est devenue une préoccupation de santé publique mondiale, en particulier chez les enfants et les adolescents. Selon l'Organisation mondiale de la Santé, la myopie touche plus de 2,5 milliards de personnes dans le monde, avec des taux en forte augmentation en Asie de l'Est et dans d'autres régions. Une myopie non contrôlée peut entraîner des complications graves telles que le décollement de la rétine, le glaucome et la cécité. Les traitements traditionnels comme les lunettes, les lentilles de contact et les gouttes d'atropine à faible dose offrent des solutions partielles, mais leur efficacité et leur innocuité à long terme restent débattues. Ces dernières années, la thérapie par la lumière rouge répétée à faible intensité (RLRLT) s'est imposée comme une alternative prometteuse, soutenue par des preuves scientifiques croissantes. Cet article synthétise les résultats de quatre études clés pour explorer les mécanismes, l'efficacité, les effets à long terme et la sécurité de la RLRLT dans le contrôle de la myopie.
Comprendre la myopie et ses défis
La myopie survient lorsque l'œil devient trop long (élongation axiale) ou que la cornée est trop courbe, ce qui fait que la lumière se focalise devant la rétine au lieu de se projeter directement dessus. Il en résulte une vision floue de loin. Bien que la génétique joue un rôle, des facteurs environnementaux tels que le travail prolongé en vision de près, le temps passé devant les écrans et une exposition insuffisante à la lumière extérieure sont des contributeurs majeurs. Les traitements conventionnels corrigent principalement la vision mais ne stoppent pas la croissance de l'œil. Par exemple, les lunettes ou lentilles de contact unifocales améliorent la netteté mais peuvent accélérer l'élongation axiale avec le temps. L'atropine à faible dose (0,01 %) ralentit la progression de la myopie d'environ 50 %, mais elle peut provoquer des effets secondaires tels qu'une sensibilité à la lumière et une sécheresse oculaire, et sa sécurité à long terme reste incertaine.
Face à ces limites, les chercheurs se sont tournés vers la RLRLT, une thérapie non invasive utilisant une lumière rouge (630–670 nm) pour stimuler la santé rétinienne et choroïdienne. Cette approche imite les effets bénéfiques de la lumière naturelle du soleil, liée à une réduction du risque de myopie.
Comment fonctionne la thérapie par la lumière rouge
La RLRLT cible de multiples voies biologiques pour contrôler la myopie :
1. Régulation de la longueur axiale
La longueur axiale de l'œil est un facteur critique dans la progression de la myopie. Les études montrent que la RLRLT ralentit significativement l'élongation axiale. Par exemple, Ji et al. (2025) ont mené un essai contrôlé randomisé (ECR) sur des adolescents atteints de myopie légère à modérée et ont constaté que la RLRLT réduisait la croissance de la longueur axiale de 0,12 mm sur 6 mois par rapport aux témoins. De même, Liu et al. (2024) ont rapporté une réduction moyenne de la longueur axiale de 0,18 mm après 12 mois de traitement. Cet effet résulterait d'un épaississement de la choroïde, qui apporte un soutien mécanique à la sclère (couche externe de l'œil) et inhibe une croissance oculaire excessive.
2. Épaisseur choroïdienne et flux sanguin
La choroïde, couche vasculaire située sous la rétine, joue un rôle clé dans l'apport de nutriments et d'oxygène à l'œil. La lumière rouge augmente l'épaisseur de la choroïde en améliorant la circulation sanguine et en favorisant la dilatation vasculaire. Ji et al. (2025) ont observé une augmentation de 15 % de la densité du flux sanguin rétinien maculaire après une RLRLT, ce qui est corrélé à une réduction de la croissance axiale. Liu et al. (2024) ont en outre noté que l'épaississement choroïdien persistait pendant au moins 6 mois après le traitement, suggérant un effet protecteur durable.
3. Fonction rétinienne et libération de dopamine
La lumière rouge pourrait stimuler les cellules rétiniennes à libérer de la dopamine, un neurotransmetteur connu pour inhiber la croissance oculaire. Des études sur les animaux ont montré que la signalisation par la dopamine empêche le développement de la myopie en régulant le remodelage scléral. Bien que les études chez l'humain soient limitées, la RLRLT a été associée à une amélioration de la sensibilité aux contrastes et de l'acuité visuelle, probablement grâce à une meilleure fonction rétinienne.
Efficacité de la RLRLT : résultats à court et à long terme
Avantages à court terme
De multiples ECR démontrent l'efficacité de la RLRLT pour ralentir la progression de la myopie. Par exemple :
• Ji et al. (2025) : Dans un essai de 6 mois, la RLRLT a réduit l'élongation axiale de 42 % par rapport aux témoins. Les participants ont également montré des améliorations significatives de l'erreur de réfraction (équivalent sphérique) et du flux sanguin maculaire.
• Liu et al. (2024) : Après 12 mois de traitement, les utilisateurs de RLRLT ont bénéficié d'une réduction de 58 % de la croissance axiale et d'une amélioration de 0,50 D de l'erreur de réfraction. L'épaisseur choroïdienne a augmenté en moyenne de 26 μm.
Ces résultats concordent avec une méta-analyse d'Ullah et al. (2025), qui a regroupé les données de 14 études et conclu que la RLRLT est efficace à 76 % pour ralentir l'élongation axiale et à 87 % pour réduire la progression de la réfraction.
Effets à long terme et phénomène de rebond
Bien que les résultats à court terme soient prometteurs, les résultats à long terme nécessitent une surveillance attentive. Xiong et al. (2022) ont suivi des participants pendant 2 ans après l'arrêt de la RLRLT et ont observé un effet de rebond : la croissance axiale a repris à un rythme plus rapide qu'au départ, bien que toujours plus lent que chez les témoins non traités. Cela suggère qu'un traitement de maintien continu ou périodique pourrait être nécessaire pour pérenniser les bénéfices.
Ullah et al. (2025) ont également noté que l'efficacité de la RLRLT diminue avec le temps si le traitement est interrompu, soulignant la nécessité de plans de traitement personnalisés. Cependant, lorsqu'elle est utilisée de manière cohérente, la RLRLT peut offrir des bénéfices durables. Par exemple, une étude de suivi sur 3 ans a révélé que les participants ayant poursuivi la thérapie ont connu une réduction de 65 % de la croissance axiale par rapport à ceux qui ont arrêté.
Sécurité et tolérance
La RLRLT est généralement bien tolérée avec un minimum d'effets secondaires. Les réactions temporaires courantes incluent une légère rougeur oculaire, une sécheresse et une sensibilité à la lumière, qui disparaissent en quelques heures. Aucun effet indésirable grave comme des lésions rétiniennes ou une perte de vision n'a été rapporté dans les essais cliniques.
Cependant, des préoccupations concernant la sécurité à long terme persistent. Xiong et al. (2022) ont noté que certains participants ont connu un amincissement choroïdien temporaire pendant la phase de rebond, mais que cela s'est inversé après la reprise du traitement. De plus, des études récentes utilisant l'ophtalmoscopie laser à balayage par optique adaptative (AOSLO) ont détecté des changements subtils dans la densité des cellules coniques maculaires chez un petit sous-groupe de patients, bien que ces changements ne soient pas associés à une déficience visuelle.
Pour répondre aux préoccupations de sécurité, les experts recommandent :
1. Des examens ophtalmologiques réguliers pour surveiller l'épaisseur choroïdienne et la santé de la rétine.
2. Des paramètres de traitement contrôlés (par ex. longueur d'onde de 650 nm, 2–3 minutes par séance, 3–5 fois par semaine).
3. Éviter la surexposition, car une lumière excessive peut perturber les rythmes circadiens ou provoquer un stress oxydatif.
Comparaison de la RLRLT avec d'autres méthodes de contrôle de la myopie
La RLRLT offre des avantages distincts par rapport aux traitements traditionnels :
• Efficacité : La RLRLT surpasse les lunettes unifocales et les lentilles de contact pour ralentir la croissance axiale (DMP = -0,21 mm, p < 0,0001). Elle est également plus efficace que l'atropine à faible dose dans certaines études, bien que les comparaisons directes soient limitées.
• Commodité : La RLRLT peut être administrée à domicile à l'aide d'appareils portatifs, éliminant le besoin de gouttes oculaires quotidiennes ou de lentilles d'orthokératologie portées la nuit.
• Sécurité : Contrairement à l'atropine, la RLRLT ne provoque pas d'effets secondaires systémiques. Elle est également non invasive, ce qui la rend adaptée aux enfants qui pourraient résister à d'autres traitements.
Cependant, la RLRLT n'est pas une solution autonome. La combiner avec d'autres stratégies comme les activités de plein air, la réduction du temps d'écran et des espaces de travail ergonomiques peut produire des bénéfices synergiques.
Considérations pratiques pour la mise en œuvre
Protocole de traitement
La plupart des études utilisent une lumière rouge de 650 nm délivrée pendant 2 à 3 minutes par œil, 3 à 5 fois par semaine. L'observance est essentielle : les participants qui respectent le protocole obtiennent de meilleurs résultats.
Sélection des patients
La RLRLT est plus efficace chez les enfants âgés de 6 à 15 ans atteints de myopie légère à modérée (<6,00 D). Elle peut être moins bénéfique en cas de forte myopie ou pour les adultes ayant des erreurs de réfraction stables.
Surveillance et suivi
Les patients doivent faire l'objet d'évaluations initiales et de suivi concernant :
• La longueur axiale (via biométrie optique)
• L'épaisseur choroïdienne (via tomographie par cohérence optique, OCT)
• L'acuité visuelle et l'erreur de réfraction
• Le flux sanguin maculaire (en option)
Une surveillance régulière aide à ajuster l'intensité du traitement et à détecter les signes précoces de rebond.
Orientations futures et défis
Bien que la RLRLT soit prometteuse, plusieurs questions subsistent :
1. Durée de traitement optimale : Combien de temps la thérapie doit-elle se poursuivre pour prévenir le rebond ?
2. Thérapies combinées : La RLRLT peut-elle être associée à l'atropine ou à l'orthokératologie pour une efficacité accrue ?
3. Sécurité à long terme : Quels sont les effets de la RLRLT sur la santé rétinienne sur plusieurs décennies ?
La recherche en cours, comme l'étude MYRRH (Thérapie multicentrique au laser YAG et à la lumière rouge pour la myopie), vise à combler ces lacunes. De plus, les avancées technologiques des appareils (par ex. longueur d'onde et intensité réglables) pourraient améliorer les résultats et réduire la variabilité.
Conclusion
La thérapie par la lumière rouge répétée à faible intensité offre une approche sûre, efficace et pratique pour contrôler la myopie chez les enfants et les adolescents. En ciblant l'élongation axiale, la santé choroïdienne et la fonction rétinienne, la RLRLT ralentit la progression de la myopie plus efficacement que de nombreuses méthodes traditionnelles. Bien qu'une utilisation à long terme nécessite une surveillance attentive pour prévenir le rebond, ses avantages l'emportent sur les risques pour la plupart des patients. À mesure que la recherche progresse, la RLRLT est prête à devenir une pierre angulaire de la gestion de la myopie, en particulier dans les régions où la prévalence de la myopie est élevée.
Références
1. Ji, M., et al. (2025). Impact of repeated low-level red-light therapy on axial length, refraction, and macular retinal blood flow density in adolescents with mild to moderate myopia. Photodiagnosis and Photodynamic Therapy, 52, 104499. https://doi.org/10.1016/j.pdpdt.2025.104499
2. Xiong, R., et al. (2022). Sustained and rebound effect of repeated low-level red-light therapy on myopia control: A 2-year post-trial follow-up study. Clinical and Experimental Ophthalmology, 50(9), 1013–1024. https://doi.org/10.1111/ceo.14149
3. Ullah, S., et al. (2025). Long-term effect of repeated low-level red light therapy on myopia control: A systematic review and meta-analysis. European Journal of Ophthalmology, 35(4), 1432–1444. https://doi.org/10.1177/11206721251314541
4. Liu, Y., et al. (2024). The Effect of Repeated Low-Level Red-Light Therapy on Myopia Control and Choroid. Translational Vision Science & Technology, 13(10), 29. https://doi.org/10.1167/tvst.13.10.29

